Echange entre TASK et l'école Boulle

Voyage au Japon

De la découverte à la pratique

Du dimanche soir au lundi matin, nous avons pu goûter à la vie quotidienne japonaise en passant la nuit chez un hôte. Immersion totale et douceur de vivre au rendez-vous. De retour lundi matin à Task nous avons participé à une initiation à la cérémonie du thé.

Nous entrons dans une salle traditionnelle, recouverte de tatamis, et nous asseyons en ligne dos à l’entrée. L’assistant du maître de cérémonie vient glisser un petit coussin sous nos jambes repliées à la manière traditionnelle japonaise : la cérémonie sera longue, et si, parmi les japonais à qui nous avons parlé, certains nous assurent pouvoir tenir une heure dans cette position, nos jambes d’européens n’auront pas cette patience.

L’hôte nous présente un petit renfoncement dans la pièce où se trouvent un rouleau de calligraphie présentant le « thème » de la cérémonie (choisie par l’hôte à chaque nouvelle cérémonie ; cela peut être « bruit », « calme »…mais le thème du jour était trop difficile à traduire, l’assistant nous assurant que pour les japonais eux-mêmes c’était difficile à comprendre) et une composition florale faite de fleurs de saison. D’ailleurs les ustensiles de la cérémonie sont changés aussi en fonction des saisons. Avant que ne débute la cérémonie, l’assistant nous apporte une petite pâtisserie faite de pâte de haricot sucrée, que nous découpons grâce au « kasi-kiri » (o-kasi = patisserie, kiri = couper) réalisé quelque temps plus tôt en atelier de métal. Puis l’hôte débute la cérémonie.

Tout se passe dans des gestes très mesurés. Les mains dansent lentement dans l’air, déplaçant avec douceur les ustensiles. L’eau est transvasée d’un récipient à l’autre, remuée sans précipitation, mais dans une calligraphie de gestes décidés et sûrs, maintes et maintes fois répétés. Un bol est servi, on salue, un deuxième, salut, un troisième…

Tout est lent, une ambiance sereine et respectueuse règne dans la petite salle à la lumière intimiste et aux sons discrets. On nous invite à boire : tourner le bol afin de ne pas boire sur « l’avant », puis jouir de ce thé matcha à la couverture de mousse verte, légèrement amer, en deux ou trois gorgées. Puis essuyer le bord entre le pouce et l’index, tourner de nouveau le bol dans le sens inverse, afin de retrouver l’avant du bol, reposer le bol.

Maintenant, il est temps d’apprécier cet ustensile sans lequel rien ne serait possible. Tous les bols sont uniques, il faut prêter attention aux détails, tout en mouvant lentement dans une gestuelle encore une fois codée cette pièce unique « que nous ne reverrons jamais ». Chaque thé est unique, chaque bol est unique, chaque pâtisserie est unique, chaque cérémonie du thé est unique.

Nouvelle initiation dans ce séjour déjà très riche en découverte, celle de la fabrication du papier traditionnel japonais. Après de nombreuses étapes de préparation, des fibres ainsi qu'un liant, tous deux d'origine naturelle sont associés afin de former une pâte. La préparation est diluée avec de l'eau et mise dans bacs, afin de commencer la mise en forme des feuilles de papier grâce à des tamis. Ces derniers se présentent sous forme de cadres, constitués en fines lamelles de bambous. L'opération de filtrage avec les cadres se répète en fonction de l'épaisseur voulue. Des fibres colorées, peuvent être ajoutées dans les cadres afin de créer rythmes et nuances.

Nous retrouvons enfin le calme de nos ateliers respectifs ! Pour ma part (Pia) je fais partie du cours de laque tradtionnelle: l'Urushi. Le pôle de finition de l'école TASK se divise en quatre ateliers, chaque niveau est représenté par une classe. J'ai pu rencontrer les élèves et les professeurs de première et deuxième année. Les étudiants travaillent au sol et tout leur matériel est rassemblé dans une seule caisse, un dépaysement total! Mon initiation au travail de la laque consiste au choix de décors pour la confection d'objets (assiettes, bol, broche et plateau) et à son application, à l'aide de pinceaux en poil de chats « Nejiganari » et en cheveux de jeunes filles « hake ». Les couleurs sont à base de pigments naturels et de laque neutre appelée  « akaro » ou « shuai », le mélange est très physique et méthodique. Le temps de séchage des travaux en Urushi est de 24 heures dans des placards humides et chauds, son application est longue et complexe: égrainage au charbon puis aux pierres entre chaque couche de laque, l'opération est répétée 40 fois pour avoir une surface plane et brillante.

En atelier métal, nous (Louis et Angéline) découvrons la technique du damasquinage (ou incrustation). C'est une nouveauté car il s'agit d'enlever de la matière, comme en gravure alors qu'habituellement en tant que ciseleurs, nous la repoussons. Les outils sont plus petits, plus pointus et les marteaux sont sans panne. On s’habitue plus ou moins bien... Après trois lignes droites et un rond un peu maladroit, on passe à la réalisation de la boîte. Laiton, argent, cuivre... On découpe quelque chose de simple, le temps manque. Plus tard les premiers copeaux s’envolent. Première voltige, droit dans le nez. Un premier passage, le sillon laissé par l’outil dessine l’ornement. On appuie plus fort et encore.C’est petit, les yeux fatiguent, il faut être minutieux. Pans à 90° et chanfrein à 60°. Pas le droit à l’erreur. La pièce découpée se glisse dans son empreinte. Les écarts sont corrigés par l’outil clair qui caresse la surface et ramène l’argent sur les bords. La semaine prochaine le tout sera poli.

Dans l’atelier de sculpture bouddhiste (appelé Chokoko en japonais) nous (Bérengère et Tommy) apprécions le calme et le silence qui favorisent notre concentration. A notre arrivée, les élèves s’agitent, se pressent pour nous fournir les outils nécessaires à notre prochain exercice (un jeu de gouges japonaises composées d’un acier tendre sur le tranchant et d’un acier dur pour la structure, un petit établi qui s’utilise accroupi et une pièce de cyprès du Japon). M Kosho Sudo nous explique l’exercice en japonais, malgré les problèmes de communications nous nous comprenons. Nous sculptons une divinité japonaise nommée « Daikokuten », dieu de la richesse, des échanges et du commerce. Nos débuts sont un peu hésitants, M Sudo décide donc d’entamer une démonstration. Sa technique est impressionnante de rapidité et de précision. Coincée entre ses deux pieds, la sculpture se dessine sous nos yeux. Il frappe, dégage, incise ; l’ébauche est rigoureuse. Et nous tentons d'en faire de même.