Echange entre TASK et l'école Boulle

Voyage au Japon

A la découverte des métiers d'arts

De bon matin nous nous sommes promenés dans les environs de l’école en attendant le début du festival, le « matsuba-sai » (festival des épines de pin).

Le festival est l’occasion pour les ateliers d’exposer leurs productions de l’année, ainsi que de vendre quelques petits objets réalisés dans ce but. Toute l’école est très investie ; les étudiants vendent dans la cour de quoi se restaurer pendant les portes ouvertes : okonomiyaki roulé sur des baguettes, onigiri (boulettes de riz), nouilles sautées…

Nous continuons notre découverte du patrimoine japonais par la visite du Nijo-Jo à Kyoto. Ce château est une ancienne résidence de Shogun (chef des armées). Le plancher de ce château est construit sur pilotis, sans clous : les japonais l’appellent « Uguisu Bari » car le bruit qu’il fait quand on marche dessus rappelle le chant du rossignol (Uguisu = rossignol). C’est donc dans une atmosphère de volière, bercés par le chant du plancher, que nous avons découvert ces précieux vestiges, témoins d’un temps désormais révolu.

La majeure partie de la demeure ayant disparu à cause d’un incendie, nous avons seulement vu les salles de réception toujours composées de la façon suivante : une grande salle, publique, une autre salle plus petite, toutes les deux étant des antichambres, ainsi qu’une pièce où reçoit le Shogun. Plus on pénètre profondément dans la maison, plus les espaces sont privés. Les pièces sont ornées de peintures de Tanyu KANO (« le Génie »), ainsi que de Naonobu KANO et Koi KANO. Les motifs récurrents sont le pin et le paon (signe d’éternité), le tigre et le faucon (signe de la puissance du Shogun) ou encore des vagues peintes en relief qui montrent toute la richesse de l’architecture et de l’ornementation.

Le jardin japonais qui entoure la résidence représente un paysage idéalisé : tout est organisé, calculé, chaque pierre a son emplacement propre ; pourtant plus le paysage paraîtra naturel et plus le jardin sera proche de la perfection.

En pleine visite au cœur de Kyoto, les professeurs Japonais en profitent pour nous faire découvrir le musée de l’école (Gallery of Kyoto Traditionnal Arts and Crats). Le bâtiment est imposant, il se compose de huit étages dont trois accessibles au public où sont présentées les pièces des étudiants diplômés et celles des professeurs. A l’entrée M.Izumi nous présente deux coupes en or et argent ciselées offertes par le roi du Bhoutan dans le cadre d'un partenariat. C’est dans ces moments-là où l’on prend conscience de l'ampleur de l'implication de TASK pour le partage des savoirs-faire.

L'ascension vers le Kiyomizu temple s'apparente à notre Montmartre. Les ruelles exiguës et tortueuses mènent vers le site, elles sont parsemées de nippons en habits traditionnels. Les nombreuses échoppes vendent kimonos, éventails, tabi (sorte de chaussons avec un des orteils séparé)et autres curiosités japonaises. La foule grouille et nous sommes vite emportés vers le temple Kiyomizu: en réalité un site imposant rassemblant plusieurs édifices surplombant la ville de Kyoto. A l'entrée prône un immense Bouddha, une oeuvre collective de plus de 11 000 personnes (dont le roi du Bhoutan!). Au Japon, la participation se révèle être une valorisation du travail: la maîtrise technique ne peut alors que renforcer la partie symbolique de la pièce.

L'univers des temples japonais se révèle dans toute sa splendeur lors de la découverte du pavillon d'or, nommé Kinkaku. Un accueil chaleureux nous est réservé, ainsi qu'une visite détaillée de l'ensemble du lieu. Le site, construit au XIVe siècle, était destiné à la bienséance des échanges commerciaux entre la Chine et le Japon. C'est par son décor que ce temple est nommé, puisque la quasi totalité des surfaces est recouverte de feuilles d'or, à l'extérieur comme à l'intérieur. Nous évoluons à la bordure de l'eau pour admirer le temple depuis un point de vue interdit au public, l'émotion est grande et la beauté intemporelle.

Dans l’ancien quartier de Kyoto, quelques maisons traditionnelles subsistent. Entre catastrophes naturelles et élan de modernité le patrimoine architectural Japonais ancien s’amoindrit. En outre la démarche de préservation et de restauration, il y a une volonté de sensibiliser le public. Quelques graviers, de la fine mousse et des bambous nous accompagnent jusqu'à la porte d’entrée. Les chaussures derrière nous, nous entrons sur notre droite dans un petit salon. Entre chic et tradition, l’influence de l'occident est évidente. Au détour d’un couloir étroit, le regard se perd à l’extérieur. Une baie vitrée entoure le jardin verdoyant. On respire. Le bois, à l'ambiance chaleureuse, guide nos pas : mur, plafond, mobilier et sol. D’ailleurs on a bien "tatamiser" (traduction littérale). Les plafonds s'abaissent, la tête se cogne : riche ou pauvre tout le monde s’incline sans exception dans la salle de la cérémonie du thé, dont nous découvrirons les nombreux codes par la suite.