La démarche de projet en DMA1A

L’organisation et la créativité en métiers d’art

Les arts appliqués en 2015

L’organisation versus la créativité : paradoxe insolite, issu d’un perpétuel antagonisme ? Dans l’enseignement des Arts Appliqués en cycle DMA, le cadre de l’UE 1.3 mobilise et évalue conjointement ces deux notions.

La première notion renvoie à la procédure, au caractère linéaire de la progression qui se poursuit par unité(s) segmentée(s). Le système séquentiel qu’induit par principe l’organisation, tend à établir la démarche de projet par additions successives de données, de strates d’information ou d’accumulation de tâches concrètes définies comme autant d’étapes à juxtaposer, en vertu d’un emplacement et d’un instant exactement déterminés. À l’inverse, la seconde notion provient d’une fluidité dans la poursuite de l’idée qui ne craint pas le développement organique, ses tourbillons et ses labyrinthes, le déploiement aléatoire et la poursuite d’une chimère, la rêverie éveillée ou l’ambition utopique. La créativité se révèle par l’attention  flottante, le glissement polysémique ou la fulgurance d’un lapsus paradoxal. La créativité en appelle au désordre, à l’informel et au lâcher-prise tandis que l’organisation en appelle à la structure, à l’ordre et au contrôle… Comment les réconcilier ?

Ces modalités absolument inverses dans l’approche de la réalité de notre environnement et son contexte conceptuel peuvent-elles vraiment se concilier ? Comment parvenir à un modus vivendi dans la démarche de projet qui les laisse coexister ? Comment simultanément leur permettre de cohabiter ?

Il s’agit d’abord de saisir la contradiction de leur présence comme un moteur d’invention plutôt qu’un frein à l’évolution. Ensuite il convient d’intégrer la diachronie induite par cette contradiction pour prendre du recul et observer l’état de la production, pour la comparer avec un œil acéré mais garant d’une distance critique.  De fait ici, la pertinence de l’analyse, l’adéquation de la hiérarchie et le sens de l’articulation des éléments produits fournissent les outils et les moyens d’en résorber l’antagonisme initial.

Sans organisation, la démarche de projet n’obtient pas d’équilibre et, instable ou déstructurée elle s’effondre sur elle-même en rejoignant le néant brumeux qui l’a vu naître, puis s’y dissout. Sans créativité, la démarche de projet n’offre qu’un pastiche fumeux ou une copie mimétique. Ceux-ci affublent alors malhabilement les nécessités réalistes d’un professionnalisme de pacotille, inefficace et fallacieux tant que le projet ne parvient pas à s’émanciper de sa seule apparence pour accéder à l’indépendance fondamentale qu’exige toute velléité d’innovation, autant que chaque authentique processus de conception. S’il convient de favoriser les conditions d’émergence de la spontanéité, de l’émotion ou de la sensibilité pour placer l’imagination au pouvoir afin de servir l’exigence de créativité, il importe parallèlement de fournir les instruments de pensée dialectique, rationnels et logiques, donc hypothético-déductifs, pragmatiques et objectifs qui en réordonnent les projections, en élaguent les excédents, et favorisent l’expression de sa cohérence. Dans le pôle Arts Appliqués du cycle DMA, l’enseignement de l’UE 1.3 Organisation, Créativité sert à en valider les compétences afférentes.

 

Pour approfondir…

1/ la créativité

Didier ANZIEU, Le corps de l'œuvre, essais psychanalytiques sur le travail créateur, Paris, Gallimard,‎ 1981 ; Créer, détruire, Paris, Dunod,‎ 1996 ; Le groupe et l’inconscient. L’imaginaire groupal, Paris, Dunod, 1999.

Donald WINICOTT, Conversations ordinaires, Paris, Gallimard, 1988 ; Jeux et réalité, Paris, Gallimard, 1975.

Robert J. STERNBERG, Successful Intelligence : How Practical and Creative Intelligence Determine Success in Life, Plume, 1997.

2/ l’organisation

Marine COUSIN-BERNARD, Elizabeth GAUTHIER, Manager par projets, Paris, Nathan, 2010.

Max WEBER, La ville (extrait du tome 2 d'Économie et société), traduction par Philippe Fritsch, Paris, Aubier, 1982. L'intégralité du tome 2 est éditée chez Pocket en 2003 (sous-titre : L'organisation et les puissances de la société dans leur rapport avec l'économie), rééd.  Les Belles lettres, 2013.

Frederick HERZBERG, Le travail et la nature de l'homme, Entreprise Moderne d'Edition, 1971.

Abraham MASLOW, « A Theory of Human Motivation », Psychological Review, vol. 50, n°4, Juillet 1943, p. 370-396.

Frederick Winslow TAYLOR, The Principles of Scientific Management, Harper & Brothers, 1911;  La direction scientifique des entreprises, Paris, Dunod, 1957.

Luc BOLTANSKI et Ève CHIAPELLO, Le Nouvel Esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999.

Philippe BERNOUX, La sociologie des organisations, Éditions du Seuil, Points, 1985.

Philippe BERNOUX, Henri AMBLARD, Gilles HERREROS, Yves-Frédéric LIVIAN, Les nouvelles approches sociologiques des organisations, Seuil, 2005.