Appréhender le contexte de la Recherche en DMA

Enjeux et perspectives en métiers d’art

Les arts appliqués 5 & 6 11 2015

Depuis sa création, l’Institut National des Métiers d’Art invite des universitaires, des experts, des personnalités professionnelles ainsi que des acteurs institutionnels à interroger les mutations contemporaines de ce secteur d’activité. Les 5 & 6 novembre dernier, dans l’auditorium de l’Institut National d’Histoire de l’Art rue Vivienne et en partenariat culturel avec Les Arts Décoratifs, les journées d’études internationales concernaient la dimension économique, en terme d’état des lieux de la profession, puis de projection et d’orientation. Les étudiants de DMA1A et ceux du dispositif expérimental Métiers d’Art & Design (MADe) y ont assisté.

Quelle est la place des métiers d’art dans l’économie européenne ? Quels défis doivent relever les professionnels de ces métiers pour conquérir les marchés de demain ? Quelles opportunités représente l’évolution des modes de consommation ? Quelles incidences les innovations technologiques ont-elles sur les modes de production et de commercialisation ?

Autant de questions qui, indépendamment de la réflexion théorique qu’elles engagent et l’analyse des pratiques qu’elles partagent, tendent à construire les conditions du renouvellement du dessein économique de ces métiers, vis-à- vis de l’Europe comme au-delà de ses frontières. Cette problématique prend acte des profondes mutations auxquelles la formation supérieure en métiers d’art se confronte et qu’elle intègre depuis une trentaine d’années – pour exemple la rédaction des Référentiels de formation DMA (en sus du DEFSMA pour la formation secondaire) qui, concomitante de l’émergence de l’infographie dans les professions artistiques et conceptuelles, y mentionne la conception comme le dessin et  la publication, tous trois assistés par ordinateur (CAO-DAO-PAO) anticipant là, l’ambition et l’amplitude de la révolution numérique qui bousculera la galaxie Gutenberg durant les trois décennies suivantes.

Placé sous la présidence du comité scientifique associant les universités de Paris 1 Panthéon Sorbonne et Ca’ Foscari de Venise avec le Ministère de la Culture représenté par le Mobilier national, Marc Bayard, Xavier Greffe et Stefano  Micelli s’attachent à rendre explicite l’importance des métiers d’art dans l’Europe actuelle. Ces métiers répondent-ils aux mutations économiques, culturelles et territoriales ?

Christophe de Lavenne chef de projet de la mission Lorraine à Nancy présente l’exemple d’une approche globale où le soutien territorial sert le maintien voire le développement du tissu entrepreneurial. Selon Maurizio Dallochio, professeur à l’Universita Bocconi et Alberto Cavalli, directeur de la Fondazione Cologni , la situation italienne et tout particulièrement milanaise se distingue par l’implication fondamentale et récurrente des savoir-faire artisanaux locaux qui, témoignant de leur excellence, parviennent à assurer durablement leur développement territorial.

Outre Atlantique prévalent des approches où les métiers d’art ne cherchent pas nécessairement à côtoyer le domaine du luxe dans la reconquête d’un marché qui leur échappe et vis-à-vis de laquelle en terme de compétitivité et de mise en concurrence, les entreprises de petite taille ont plus à perdre qu’à gagner, au risque de se voir absorber par les empires financiers établis sur des marques de luxe dont les stratégies marketing n’assurent pas la visibilité des créateurs. Vu de Toronto comme de Montréal, pour Emma Quinn directrice de Crafts Ontario et Luc Delavigne du Conseil des Métiers d’Art du Québec, il convient de développer une culture citoyenne qui s’appuie sur une éducation au respect de la part d’humanité que garantissent ces métiers. Même ancestraux parfois, ces métiers attentifs à projeter le futur se préoccupent de la préservation des ressources naturelles, comme celles des gens et des lieux, des savoirs et des gestes. Soucieux de garantir à tous et auprès de tous, ici comme ailleurs au loin, une qualité de vie, il s’agit de privilégier une meilleure lisibilité des valeurs humanistes que véhiculent les métiers d’art pour améliorer et pérenniser leur devenir économique. Au delà de la stricte protection du capital économique, il s'agit désormais de promouvoir l'économie générique d'un patrimoine collectif, souvent immatériel, mais toujours culturel.