Cycle “rire de tout”

To Be or Not To Be

Un jeudi par mois ... c'est CINÉMA !

TO BE OR NOT TO BE (1942) D’Ernst Lubitsch : Quand, de Varsovie à Londres, une troupe d’acteurs polonais se joue de la Gestapo.

Sans doute, avec le Dictateur et Citizen Kane, un des films majeurs du cinéma américain des années 40, To be or not to be est à la fois une comédie, un film politique et un manifeste sur le théâtre et les acteurs. Ce qui surprend c’est cet emboitement vertigineux des différents niveaux de  jeux : on joue une pièce sur les nazis, puis une pièce de Shakespeare, on dissimule des résistants, on ment aux allemands, au mari, à l’amant, on cache, on se cache et miracle on ne s’y perd pas !

On dit de lubitsch qu’il a créé la « lubitsch’s touch » sorte de clin d’œil au spectateur adressé par un sous entendu de connivence. Ici tout est dans le To be or not to be, (réplique culte du théâtre sérieux, grave, qu’on dit avec une voix profonde devant un crâne), détourné en signal trivial et grotesque. La « touche » Lubitsch est là toute entière car la célèbre réplique théâtrale se duplique à l’infini répétant le même sous entendu hilarant.

En réalité, l’auteur ne se moque pas de Shakespeare ou du théâtre, ou si peu, au contraire il lui rend hommage par la construction du film, la mise en abymes, le théâtre dans le théâtre et même ici la tromperie dans le théâtre, pendant le théâtre et par le théâtre. Et comme chez le dramaturge anglais, lubitsch homme du théâtre berlinois, parle aussi de l’Histoire, la grande et la petite, de la violence sadique et de la brutalité. Il dénonce.

Il dessine aussi les nazis comme des personnes dévotes et ridicules. Il ose avec une incroyable modernité, devant laquelle Chaplin avait semblé hésiter dans le dictateur, appeler un chat un chat, un KL un KL, il fait se tordre de rire un dignitaire nazi fier de son ignominie…On lui reprocha cette liberté mais aujourd’hui elle fait l’universalité et la puissance satirique du film.

Et puis il y a des acteurs remarquables : Jack Benny, Robert Stack, Felix Bressart ...

Et Carole Lombard, sans doute son plus beau rôle, qui meurt dans un accident d’avion quelques jours avant la sortie du film…

C.H