Laurent KOETZ, Architecte & Historien

Actualité de l'ornement, regard sur deux projets de l'atelier Caruso St John

Jeudi 4 12 2014, 17-19h, Auditorium Boulle

Lors de cette conférence, Laurent KOETZ - Architecte DPLG, chercheur en Histoire de l’Architecture contemporaine et maître-assistant titulaire en théories et pratique de la conception architecturale et urbaine, à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de la Ville et des Territoires de Marne la Vallée - aborde la question de l’ornement et son usage contemporain dans la conception architecturale.

Cette conférence intervient dans le contexte de la Formation Complémentaire en Métiers d’Art & Design, destinés aux titulaires des DMA de l’ESAA Boulle issus de la promotion 2014. Dans le cadre du Module d’enseignement théorique consacré aux Sciences Humaines et Enjeux Culturels, domaine auquel se rattache tout enseignement en histoire des arts, il s’agit d’aborder les stratégies d’adaptation et de représentation dont témoigne toute œuvre de conception dans le champ des arts de l’habitat et du design.

De fait l’esthétique, en tant que philosophie de l’art, s’articule à la sémiologie, en tant que science des signes, au sein de toute production d’objet, d’espace, et d’ornement qui s’y associe.

Comment appréhender actuellement la sémantique de l’ornement ?

Quel discours se révèle porté par les conventions d’ornementation ?

Comment l’architecture contemporaine renouvelle-t-elle ses relations à l’ornement ?

Autant de questions que l’approche de deux projets de l’atelier d’architecture de Caruso St John permet de considérer avec acuité.

Fondée en 1990, l’agence d’Adam Caruso et Peter St John interroge, dès ses premiers projets, l’interprétation de la tradition et les raisons qui révèlent l’ordre d’un continuum historique. Si réussir un projet architectural consiste à contribuer à le pérenniser, dès lors il s’agit aussi, dans la pratique architecturale de questionner la permanence et le langage de l’existant, en se référant au contexte à la fois historique, mais aussi matériel et formel des lieux qui préexistent au projet.

Selon les historiens de l’architecture Laurent Koetz et Estelle Thibault, qui traitent la question de l’ornement architectural et de l’expression constructive, tant du point de vue des concepts d’hier que des débats actuels « Certaines démarches ont également été présentées comme l’expression, à l’ère digitale, d’un rapport radicalement nouveau à la matérialité, en rupture avec les hypothèses tectoniques traditionnelles[1].

D’autres se séparent de cette lecture. À la « tyrannie du nouveau »[2] dénoncée par Adam Caruso, ils opposent une relation désormais pacifiée avec une culture architecturale de l’ornement. Dans une perspective redevable de l’art contemporain, il s’agit moins de revendiquer un réalignement sur l’histoire que d’ouvrir un large éventail de références mineures ou majeures, savantes ou populaires, souvent détournées ou déplacées[3]. Les emprunts peuvent être d’ordre formel mais s’opèrent aussi à des niveaux plus conceptuels, quand l’ornement, considéré comme une convention culturelle propre à l’art de construire, permet d’interroger les fondements de la discipline. Loin d’exprimer une coupure avec les problématiques tectoniques antérieures, le travail sur l’ornement pourrait alors redevenir le vecteur d’un dialogue assumé avec la tradition architecturale »[4].

Parce que ces questions traversent de nombreux projets d’étudiants à l’École Boulle, indépendamment de leur appartenance à un atelier ou à une filière, cette conférence dans l’Auditorium est ouverte à tous.

En amont, et spécifiquement pour les étudiants de la Formation Complémentaire en Métiers d’Arts Design (MADe) et dans le module de Sciences Humaines et Enjeux Culturels, Valérie Thomas, professeur à l’École Boulle, dispense un cours de 14h à 16h qui présente la notion d’ornement, du statut de signe au sens attribués, et la distingue de celles de décor, décoration et parure.

Pascale Martin

[1] Voir Antoine Picon, Culture numérique et architecture. Une introduction, Bâle, Birkhauser, 2010.

[2] Adam Caruso, « The Tyranny of the New », Blueprint, n° 150, mai 1998, p. 24-25.

[3] Ellis Woodman, « Getting on the Decorators », conversation avec Peter St John, Building Design, n°1.

[4] Laurent Koetz et Estelle Thibault, « Ornement architectural et expression constructive : concepts d’hier et débats d’aujourd’hui », Images Re-vues [En ligne], 10 | 2012, mis en ligne le 25 octobre 2012, consulté le 01 décembre 2014. URL : http://imagesrevues.revues.org/2386